Qu’attendre de la prière ?

Qu’attendre de la prière ?

 

Dieu exauce-t-il toutes nos prières ? « Demandez et vous recevrez » dit la Bible. Mais certains réagiront très vite : « j’ai prié pour que mon enfant guérisse, pour que telle personne arrête de me faire du mal, pour que la faim dans le monde n’existe plus et …. je n’ai pas été exaucé ».

On entend aussi toutes sortes d’objections : la prière, « on s’ennuie », « c’est toujours pareil ». « Dieu ne répond pas ; il est sur répondeur ! » me disait un jour un jeune. Beaucoup pensent que Dieu n’exauce pas nos demandes. Les plus prudents, ou les plus respectueux (?), diront peut-être que Dieu sait déjà ce dont nous avons besoin et qu’il est inutile de lui demander.

On le voit, la prière soulève beaucoup de questions. Parfois même, avouons-le, « prière » rime un peu avec « galère » ! Il faut reconnaître qu’il y a un malaise, et pas que chez les non pratiquants. De fait, on peut s’interroger quand des gens prient pour gagner au Loto ou des choses plus inavouables encore (la mort de sa belle-mère par exemple !).jeune-et-priere

• Pourquoi prier ?

– Parce que cela développe notre relation avec Dieu. L’amitié vient du temps passé ensemble. Si vous avez un ami, une amie, vous souhaitez prendre du temps avec lui ou elle pour apprendre à le ou la connaître. Quand deux personnes s’aiment, elles sont ensemble, ne disent rien, ne pensent à rien. C’est juste un temps de communion. Si elles ne le font pas, leur relation mourra. Il en est de même pour notre relation à Dieu.

– Parce que les chrétiens veulent s’efforcer de vivre comme le Christ. Jésus lui-même passe sa vie à prier il a des intentions de prière très précises : pour que la foi de Simon Pierre ne sombre pas, pour que Lazare ressuscite, pour que ses disciples soient gardés du Mal (Luc 23, 32 ; Jean 11, 41-42 et Jean 12). Par des paraboles et des encouragements, Il enseigne qu’il faut prier sans se lasser : « demandez et vous recevrez » (Jean 16, 24 ; Luc 9, 11-12 ; Mat. 7, 11). Jésus a même passé des nuits entières à prier : remarquez qu’il ne faisait pas des prières, il était en prière, ce qui n’est pas pareil. La prière n’est pas de l’ordre du faire.

– Parce que la prière est une éducation à la persévérance. Le priant apprend à endurer le silence, parfois long, de Dieu. Il n’est pas immédiatement exaucé ou rassuré, il passe parfois par un vide qui le met à l’épreuve et l’appelle à la fidélité. Beaucoup s’arrêteront même de prier, jugeant cela trop élevé. Quelle erreur ! La prière nous éduque à la persévérance nécessaire à toute vie ici-bas. Elle est l’arme des vainqueurs et la force des martyrs !

– Parce que la prière est une éducation au désir. Celui qui prie accepte de dépendre d’un Autre, de Dieu. A moins d’exiger quelque chose d’immédiat qui risque d’épuiser sa prière, le priant apprend à apaiser ses désirs bien souvent rois en notre monde de consommateurs insatiables. Apaiser, canaliser le désir permet une relation plus pure avec le Seigneur, les autres et soi-même.

Parce que la prière est une éducation au mystère : mystère de Dieu mais aussi mystère de sa propre vie. Lorsque je prie, je me retrouve dans la solitude face à Dieu et face à moi-même. Quelle découverte merveilleuse pour tous ceux qui pourraient toujours vivre tournés vers un écran, des pubs, des musiques, de marchands de plaisirs faciles … Prier construit l’homme en lui-même et lui permet d’accéder à l’intime de lui-même, le cœur profond, là où Dieu habite. C’est là qu’il attend notre assentiment au mystère de la vie, à la mission pour laquelle nous sommes nés et venus au monde. Quel bonheur de le découvrir et d’y adhérer de tout notre cœur !

Mais surtout, on a trop identifié « prier » et « demander ». Ce n’est pas interdit bien sûr mais c’est trop unilatéral. Dieu n’est pas à mon service. Il n’est pas non plus un magicien ou un distributeur automatique de grâces. Il n’est pas chargé de suppléer à mon incompétence ou à ma paresse. Il ne viendra certainement pas à la rescousse de mes lubies ou de mes pulsions. Ou alors on inventerait un curieux nouveau notre Père : « que ma volonté soit faite, que mon règne vienne, que mon moi soit Dieu. »

• Que demander ? Dieu s’intéresse-t-il aux détails de nos vies et à nos soucis ?

Il faut répondre oui sans hésiter ; Dieu est un Père, pas un concept abstrait. Agit-il à ce niveau pratique ? Oui, on peut l’affirmer. OP1030522u alors on n’est pas loin de souscrire au propos de Prévert : « notre Père qui êtes aux Cieux, restez-y ».

Mais comment agit-Il ? Très rarement par des miracles, c’est-à-dire une intervention directe. Habituellement en inclinant de l’intérieur, avec la force et la douceur de l’Esprit Saint, les causes secondes, en particulier nos libertés. Mais souvent aussi en permettant ces heureuses rencontres et ces étonnantes coïncidences que le païen attribue au hasard, et où nous reconnaissons la Providence.

Mais, dira-t-on, pourquoi demander ? La prière serait-elle une information pour mettre Dieu au courant de nos besoins ? Non, le Père sait bien ce dont nous avons besoin, avant même que nous ne lui demandions. La prière serait-elle une sorte de pression exercée sur Dieu, pour Lui arracher une grâce ? Non plus ! En fait -et c’est peut-être ce qu’il y a retenir – dans la prière, ce n’est pas Dieu qui change, c’est moi. C’est pourquoi il faut persévérer. Ce n’est pas Dieu qui est sourd ; c’est notre prière qui n’est pas encore assez profonde, pure, forte, humble. Si on a l’impression que le Seigneur ne « capte » pas nos prières, peut être faut-il commencer par jeter un coup d’oeil sur l’émetteur : nous. Un peu comme nos téléphones portables : si je suis dans une zone un peu perturbée avec des problèmes d’obstacles ou d’interférences, j’aurais plus de mal à émettre et à recevoir. De la même façon, si mon cœur est alourdi par de grosses fautes, par des pardons que je devrais donner et que je ne donne pas, ou au moins que je n’essaye pas de donner, là le Seigneur capte moins bien. Et il ne se passe pas grand-chose …

« J’avais demandé à Dieu la Force pour atteindre le succès,

il m’a rendu faible afin que j’apprenne humblement à obéir.

Je lui avais demandé la santé pour faire de grandes choses,

il m’a donné l’infirmité pour que je fasse des choses meilleures.

J’avais demandé la richesse pour que je puisse être heureux,

il m’a donné la pauvreté pour que je puisse être sage.

J’avais demandé le pouvoir pour être apprécié des hommes,

il m’a donné la faiblesse afin que j’éprouve le besoin de Dieu.

J’avais demandé un compagnon afin de ne pas vivre seul,

il m’a donné un cœur afin que je puisse aimer tous mes frères.

J’avais demandé des choses qui puissent réjouir ma vie,

j’ai reçu la vie afin que je puisse me réjouir de toutes choses.

Je n’ai rien eu de ce que j’avais demandé mais j’ai reçu tout ce que j’avais espéré. Presque en

dépit de moi-même, mes prières informulées ont été exaucées … je suis, parmi les hommes, le

plus richement comblé ! ».

Pape-François-en-prière